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Migration. « l’état organise volontairement une crise de l’accueil des réfugiés »

Une dizaine de citoyens solidaires continuent d’être poursuivis pour avoir aidé des exilés. Un harcèlement judiciaire qui s’inscrit, selon Patrick Margaté, dans une politique délibérée de mauvais accueil censée dissuader les migrants de venir.

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En moins de dix jours, pas moins de huit citoyens solidaires des exilés ont eu à subir l’acharnement des préfets à les poursuivre en justice. Une épreuve de force orchestrée par l’exécutif qui, comme l’a montré le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, vendredi à Calais, fait le choix de politiques plus répressives à l’égard des réfugiés et de leurs soutiens. Chargé des questions de migrations au PCF, Patrick Margaté fustige cette logique gouvernementale et appelle à une « réaction vive » des citoyens.

Plusieurs procès pour « délit de solidarité » ont lieu en ce moment. Quel sens a cet acharnement ?

Patrick Margaté Ce harcèlement des citoyens solidaires est à rapprocher des propos de Gérard Collomb à Calais. Il ne propose aucune solution et veut rendre les associations de solidarité responsables de la situation. En réalité, nous ne faisons pas face à une « crise des migrants », mais à une crise de la politique d’accueil, dont les bénévoles, qui se mobilisent seuls pour donner accès aux droits fondamentaux à ces exilés, font les frais. Ils ont le soutien indéfectible des communistes. Le sénateur PCF, Bernard Vera est notamment intervenu en janvier et tout récemment auprès du ministère de l’Intérieur pour demander la suppression de l’article L. 622-1 du Code des étrangers qui permet de poursuivre les solidaires. Sans réponse, pour l’instant. Après l’élection présidentielle, il y a eu pourtant une période d’apaisement sur les questions migratoires et une majorité de Français semblaient prêts à défendre des solutions positives en matière de droits et d’actions humanitaires. Las, les propos de Gérard Collomb vont à l’inverse…

Gérard Collomb refuse de créer un centre d’accueil pour ne pas faire un « appel d’air ». Est-ce fondé ?

Patrick Margaté Il ne faut pas tomber dans le piège qui consiste à penser qu’il y aurait une crise des migrants en France et que les exilés seraient en surpopulation. Les chiffres indiquent, au contraire, une stabilité depuis des années. En réalité, nous sommes face à une crise de l’accueil volontairement organisée par les gouvernements successifs au prétexte qu’il ne faudrait pas créer d’« appel d’air ». Lors de la fermeture du bidonville de Calais, plus de 6 000 réfugiés ont trouvé place dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis en France. Partout, ça a été une réussite. Aujourd’hui, le gouvernement joue l’épreuve de force alors qu’il a tous les moyens de résoudre la situation, que ce soit en ouvrant des centres d’accueil ou en facilitant l’accès à la demande d’asile.

Comment faire face à ce durcissement ?

Patrick Margaté Les mauvais coups du gouvernement risquent d’être portés pendant l’été. Il faut des réactions extrêmement vives de la part des associations. De leur côté, les parlementaires communistes feront prochainement des propositions concrètes pour améliorer l’accueil. Nous sommes persuadés que la France a les moyens d’accueillir sans qu’aucun équilibre financier ou démographique soit déstabilisé.

Êtes-vous pour un moratoire sur les accords de Dublin ?

Patrick Margaté Oui. Il faut que toutes les situations soient examinées au cas par cas. Les politiques européennes actuelles ont pour conséquence des renvois de personnes dans des pays en guerre. Je pense notamment aux Afghans, Soudanais et Érythréens. La notion de « pays sûrs » est à considérer de manière sérieuse. Les États membres de l’Union européenne n’ont pas la même définition de cette notion. Il faut l’harmoniser et que les appels des organismes européens et nationaux de défense des droits de l’homme, comme celui du Défenseur des droits, Jacques Toubon, la semaine dernière, soient enfin pris en compte. L’expérience des CAO a bien fonctionné. Ils permettaient l’examen des situations personnelles. Les citoyens et les associations sont prêts à y contribuer. C’est pourquoi nous soutenons la demande d’Anne Hidalgo, maire de Paris, d’ouverture de nouveaux centres d’accueil, comme celles formulées dans le même sens par les élus et les associations à Calais et à la frontière franco-italienne. Le gouvernement doit faire un choix politique. Soit il s’engage dans une réelle politique d’accueil et nous serons un exemple pour tous les pays membres de l’Union européenne. Soit il refuse cette logique et nous accompagnerons les inquiétantes régressions en cours au niveau européen.

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Tag(s) : #Immigration, #Exilés, #Société et solidarité, #Entretien, #Calais, #Frontière italienne, #Mineurs isolés étrangers

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