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Cazeneuve démantèle Calais et ouvre la chasse aux sans-papiers

Dans une note que s’est procuré l’Humanité, le ministre de l’Intérieur ordonne aux préfets la plus grande fermeté à l’égard des « déboutés » et fait l’aveu d’un criant manque de places d’hébergement.

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Les préfets ont reçu, le 19 septembre dernier, une missive de Bernard Cazeneuve pleine d’enseignements sur le sort réservé, par le gouvernement, aux déboutés de toute protection internationale, présents en France, et à ceux qui en sont finalement bénéficiaires. Le courrier, que l’Humanité s’est procuré, veut rendre compte des « besoins accentués par la perspective du démantèlement du campement de Calais ». Il est, à cet égard, très éclairant aussi sur le sous-dimensionnement patent des dispositifs d’accueil pour demandeurs d’asile.

Les procédures d’expulsion accélérée

Le document fait état de 45 247 places d’hébergement dédiées à ceux qui formulent une demande de protection, et précise qu’un cinquième du parc est occupé par 9 220 personnes « en présence indue ». Bernard Cazeneuve invite donc les préfets à engager « systématiquement » une « procédure d’expulsion accélérée (…), s’agissant des personnes déboutées » et d’aider « les bénéficiaires d’une protection à sortir du dispositif ».

Il va plus loin, en précisant que l’action des préfets « ne pourra être efficace que si elle s’accompagne d’une très grande fermeté » et « d’une recherche systématique de l’éloignement effectif du territoire » des personnes déboutées du droit d’asile. Et d’ajouter : « Vous devez faire un plein usage des mesures restrictives et de privation de liberté. »

Le ministre demande également aux préfets d’organiser des réunions avec les opérateurs gérant des différents lieux d’hébergement. « Vous leur rappellerez, à cette occasion, qu’une minoration budgétaire de la dotation des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) peut être appliquée en cas de non-respect de ces objectifs », précise-t-il.

En clair, les autorités de l’État ont ordre, depuis la mi-septembre, d’enfermer et d’expulser tous les étrangers qui ne bénéficient pas de l’asile en France. Pour ce faire, le gouvernement n’hésitera pas à mettre la pression sur les gestionnaires des lieux ou sur les sans-papiers qui y résident.

Ceux qui ont obtenu le statut de réfugié devront également sortir des dispositifs d’accueil prévus pour les demandeurs d’asile. Le ministre propose aux préfets d’avoir recours, les concernant, à la plateforme gérée par la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) « de façon subsidiaire » et de « dégager des logements vacants dans le parc social et privé ». On voit difficilement comment les autorités départementales et régionales mettront en place un tel plan de réquisitions au regard des blocages déjà existants concernant la création de 9 000 places en centre d’accueil et d’orientation (CAO). Où iront donc ces réfugiés, sinon dans de nouveau squats et campements de fortune ?

La lettre du ministre dresse d’ailleurs un constat accablant sur le manque de places d’hébergement, tous dispositifs confondu. On y apprend que sur les 8 703 places en Cada, qui devaient être créées cette année, 5 400 ne sont pas encore ouvertes. Quelque 500 places manquent aussi parmi celles de l’accueil temporaire-service de l’asile (AT-SA). On lit également, que seulement 40,3 % du dispositif global d’hébergement sont en capacité de recevoir « les publics isolés ». Ces derniers sont pourtant devenus majoritaires « dans les flux entrants », atteignant près de 98 % des arrivants en Île-de-France (IdF) et à Calais. Pas un mot, par contre, concernant la mise à l’abri du millier d’enfants non accompagnés qui vivent encore dans les camps du nord de la France ou que nos gendarmes pourchassent à la frontière franco-italienne.

C’est un « enjeu national », pour Bernard Cazeneuve, de répartir, depuis l’Île-de-France et « la lande de Calais », les personnes « éligibles » à l’accueil. Mais seulement celles-ci. Car l’État n’entend prendre en charge qu’une partie infime de ceux qui vivent, depuis parfois des années, dans les conditions indignes de la « jungle » ou des campements parisiens. Le ministre comptabilise dans sa missive 2 200 demandeurs d’asile issus du bidonville de Calais et 2 240 issus des centres franciliens d’hébergement d’urgence. Les autres, plus de 10 000 personnes, ne sont pas « éligibles ». Ils iront grossir les rangs de ceux contre qui il exige « une grande fermeté ». La chasse est ouverte ! 

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Tag(s) : #Immigration, #Exilés, #Décryptages

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