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Ces Soudanais, victimes des promesses trahies

On leur avait fait miroiter l’asile en échange de l’évacuation de la « jungle » de Calais. Cinq mois plus tard, des dizaines d’exilés sont menacés d’expulsion vers leur pays en guerre.

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Habillé de noir, le regard inquiet, Eisa tient à la main une copie de la radiographie des côtes réalisée à son arrivée à Nîmes. Du doigt, il pointe la balle logée dans sa poitrine avec laquelle il a vécu depuis son départ de Libye, en juin, jusqu’à son évacuation de Calais en octobre. Une évacuation alors pleine d’espoir. Eisa fait partie de ces centaines de réfugiés qui, cet automne, ont fait confiance à Bernard Cazeneuve. Ce dernier avait promis que tous les exilés du bidonville, en route vers les centres d’accueil et d’orientation (CAO) disséminés en France, ne seraient pas inquiétés par les accords de Dublin, qui prévoient l’expulsion d’un demandeur d’asile dans le premier pays européen où il a été enregistré. Ils pourraient compter sur la France pour étudier leurs demandes de protection. Promesse renouvelée dans une circulaire de Bruno Le Roux datée du 2 février, invitant les préfets à utiliser la clause de souveraineté prévue à l’article 17 du règlement Dublin III… Las, à Nîmes, pour près d’une quinzaine de réfugiés, c’est la douche froide.

Les premiers courriers ont commencé à arriver à la fin du mois de février. « J’ai reçu ma convocation le 8 mars, raconte Eisa en dépliant un papier blanc frappé du logo du ministère de l’Intérieur. Je dois me rendre ce 29 mars à la préfecture pour récupérer un billet d’avion à destination de l’Italie. » Comme lui, mardi matin, au pied des arènes de Nîmes, Ibrahim et Ali sont venus participer à une manifestation du Secours catholique. L’association fait partie du réseau Anaïs qui, depuis plusieurs semaines, sollicite la préfecture pour comprendre pourquoi les promesses ne sont pas tenues. Ils sont anéantis et craignent, qu’une fois renvoyés en Italie, ils aient encore à subir les violences policières dont ils ont été victimes avant d’arriver en France, puis qu’ils soient directement expulsés dans leur pays.

« Là-bas, ils me tueront »

« Les Italiens ont passé des accords avec le Soudan, explique calmement Ibrahim. Là-bas, ils me tueront. Des zones entières sont tenues par les Rapid Support Forces. » L’évocation de ce groupe paramilitaire employé par le régime soudanais pour faire la police à la frontière entre le Soudan et la Libye fait grimacer Ibrahim. Il s’agit en fait d’anciens miliciens janjawids, utilisés par le pouvoir pour mater la rébellion dans le Darfour, auteurs de viols, de meurtres et d’incendies de villages entiers. « J’interviens au CAO pour donner des cours de chant, raconte Julie, bénévole du Secours catholique venue les accompagner. Depuis deux semaines, on ne chante plus. Le cœur n’y est plus… »

Ce jeudi, à 18 heures, les associations de solidarité appellent à se rassembler devant la Maison carrée et à marcher jusqu’à la préfecture, pour dénoncer cette trahison du préfet du Gard. Joints par téléphone, aucun de ses services n’a daigné répondre. « Il aurait pu au minimum appliquer le devoir de réserve auquel il est contraint en période d’élections, assène Denis Lanoy, secrétaire de la section nîmoise du PCF. Là, il agit contre l’avis du ministre et de façon négative vis-à-vis des exilés et de leurs soutiens. Serait-il en train d’anticiper sur des politiques futures pour sauver sa place ? »

Malheureusement, le préfet du Gard n’est pas un cas isolé. Dans les Bouches-du-Rhône et dans l’Hérault, les appels à se mobiliser contre l’exécution des « procédures Dublin » se multiplient. À Paris aussi, un rassemblement est prévu ce vendredi, à 15 h 30, devant le ministère des Affaires étrangères, pour dénoncer les reconduites de Soudanais, cette fois, directement vers leur pays d’origine. « 27 personnes attendent leur expulsion vers le Soudan, dénonce Rachid Saïd, président de l’association Espoirs d’ici et d’ailleurs. Les autorités françaises semblent ignorer la guerre qui sévit dans plusieurs régions du pays. Nous ne comptons plus les cas de disparitions d’expulsés à leur retour et de meurtres comme celui de Mohamed Ahmed Mahmoud. » Les services soudanais ont expliqué, le 21 novembre dernier, que cet homme se serait jeté par la fenêtre du cinquième étage pendant les interrogatoires qui ont suivi l’atterrissage de son avion…

« Je n’aspire qu’à vivre en paix, lâche de son côté Ali, entre colère et incompréhension. J’ai fui la violence au Soudan. Pourquoi dois-je encore me battre ici, aujourd’hui ? »

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Tag(s) : #Immigration, #Exilés, #Reportage, #Société et solidarité, #Frontière italienne, #Soudan
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