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À Paris, le centre d’accueil pour réfugiés fait ses premiers pas

Ouvert depuis une semaine, le centre voulu par la Ville de Paris est un exemple dont pourraient s’inspirer d’autres communes. Il ne doit pas servir de prétexte à l’État pour ne pas accélérer la création de milliers de nouvelles places d’hébergements à destination des demandeurs d’asile.

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Il a le regard hagard et rougi par la fatigue. Il a froid et cherche à manger. Depuis cinq heures du matin, Ali attend de pouvoir entrer dans le nouveau centre humanitaire d’accueil pour réfugiés, ouvert la semaine dernière au 70, boulevard Ney, dans le nord de Paris. « On m’a dit de revenir demain, explique le jeune homme originaire du Soudan. Où est-ce que je peux trouver à manger ? » Jérémy, un bénévole de l’association Utopia 56, qui intervient normalement à l’intérieur du centre, est sorti pour distribuer du café. « On nous a dit de n’accepter que 25 personnes aujourd’hui », s’indigne-t-il.

Ils sont une centaine, mardi matin, à digérer cette annonce en se préparant à passer les prochaines vingt-quatre heures à la rue. « J’attends depuis deux jours et aujourd’hui encore, je ne peux pas entrer », raconte Hassan, un autre réfugié originaire du Soudan. Pour se réchauffer, il saisit à deux mains le verre de café que lui tend Jérémy, le rapproche de son visage, et ajoute : « Je dors à côté d’ici, sous un pont, avec mes amis. »

D’une capacité de 400 places, le centre, créé par la Mairie de Paris et cofinancé par l’État, doit pouvoir accueillir 80 personnes par jour. Qui, au bout d’une semaine, sont normalement orientées vers des centres plus adaptés en province, pour assurer le turnover. Mardi, le préfet de région, Jean-François Carenco, annonçait que 290 réfugiés y avaient été pris en charge. « Il faut absolument que des migrants commencent à partir pour que le centre ne soit pas embolisé, ajoutait-il. L’objectif est d’éviter la reconstitution de campements à Paris. »

En réalité, le compte n’y est pas. Où sont passés les 3 800 réfugiés qui habitaient celui qui a été démantelé, le 4 novembre, place Stalingrad ? Ils n’ont pas été orientés vers ce nouveau centre parisien. Il n’y aurait pas eu assez de places. Deux mille personnes auraient été envoyées dans des structures provisoires, comme des gymnases. « Toutes ces structures auront été vidées d’ici mardi prochain », assure encore le préfet. Mais où iront, alors, les réfugiés ? Et où sont passées les 1 800 autres ? Dans un des centres d’accueil et d’orientation (CAO) créés par l’État à l’occasion du démantèlement de la « jungle » de Calais ? Difficile à croire que ce soit le cas pour tous. Sur les 12 000 places en CAO, annoncées cet automne, toutes n’ont pas encore été créées et la plupart des centres sont au maximum de leur capacité.

On offre enfin aux migrants un accueil digne et respectueux

« Je suis ici depuis jeudi, indique tout sourires Watara, un jeune réfugié ivoirien accueilli au centre de la porte de la Chapelle. Il y a quelques jours, ils ont pris mes empreintes digitales et j’ai formulé une demande d’asile en France. Ils ont dit que je partirai ce week-end et que je serai hébergé, mais je ne sais pas où. » Une question qui risque de se poser longtemps pour beaucoup d’entre eux. Suite à leur passage en CAO ou dans le centre parisien, ceux qui veulent formuler une demande d’asile doivent être orientés vers des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada). Or, l’Office français de l’immigration et de l’intégration ne dispose que de 45 000 places dédiées à ceux qui demandent la protection de la France. Sur les huit premiers mois de 2016, le nombre des demandes a augmenté de 19,3 % par rapport à 2015, année au cours de laquelle plus de 80 000 personnes ont été enregistrées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). « Emmaüs salue l’initiative d’Anne Hidalgo en faveur de la création d’un dispositif de premier accueil », indique, dans un communiqué, l’association qui gère le nouveau centre parisien. Toutefois, le mouvement déplore le caractère encore trop isolé de ce type d’approche. Et Thierry Kuhn, président de l’association, d’appeler à la vigilance pour que « l’État ne prenne pas prétexte des efforts déployés pour les uns pour oublier ce qui reste à faire pour des dizaines de milliers d’autres ».

Dans le 18e arrondissement de Paris, le nouveau centre d’accueil est établi dans un ancien bâtiment de la SNCF, devant lequel on a posé une étrange structure gonflable, jaune et blanche. À ses abords, mardi, Jérémy, d’Utopia 56, est débordé par le nombres de réfugiés qui affluent et trouvent porte close. « À l’intérieur, c’est très bien, affirme-t-il. On offre enfin aux migrants un accueil digne et respectueux. Mais il faut être dedans. Pour ceux qui n’entrent pas, il n’y a rien. C’est le vide. »

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Tag(s) : #Immigration, #Exilés, #Reportage, #Société et solidarité
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