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Calais : l’épineuse question des mineurs isolés

Alors que François Hollande a réaffirmé, hier, sa volonté de démanteler rapidement la « jungle », la situation des nombreux enfants non accompagnés, qui ne peuvent être pris en charge dans les centres d’accueil et d’orientation, inquiète les associations.

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Parmi les réfugiés que les pays membres de l’Union européenne rechignent à accueillir dignement, des milliers d’enfants non accompagnés peuplent squats et bidonvilles. Dans l’immense « jungle » de Calais, parmi les 10 000 exilés actuellement recensés, ils sont officiellement 1 279 enfants, dont 1 022 sans famille. Que vont devenir ces mineurs isolés étrangers (MIE) alors que le gouvernement entend démanteler le camp au pas de charge ?

Lors de sa visite hier à Calais (lire ci-contre), le chef de l’État, sollicité par les associations, a « réaffirmé la volonté d’un traitement spécifique ». De fait, les mineurs ne peuvent pas, légalement, bénéficier d’un placement dans un centre d’accueil et d’orientation (CAO). Et bien souvent, leur parcours relève de celui du combattant. Avant d’être enregistré comme demandeur d’asile, le mineur doit être, auparavant, pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Un organisme géré par les départements, avec des moyens contraints. Les démarches sont souvent longues et discutables sur la méthode, notamment avec l’utilisation de tests osseux pour l’établissement de l’âge exact. Si le jeune passe cette étape, il bénéficie de l’ASE et est placé en foyer avant qu’un adulte référent ou une famille d’accueil puisse l’accompagner dans sa demande d’asile…

La faute au manque de structures officielles

Au minimum, il faudra donc plusieurs mois de démarches pour que le jeune puisse commencer à se construire un avenir en France. Ou espérer rejoindre légalement un parent en Angleterre en faisant jouer le rapprochement familial. Quelque 500 mineurs isolés de la « jungle » seraient actuellement dans ce cas. Mais depuis le début de l’année, seuls 75 ont obtenu l’autorisation. La faute au manque de structures officielles. Dans la « jungle », la majorité des rapprochements familiaux et de la prise en charge sociale se fait par le biais des associations et non par celui de l’État. Les moyens sont forcément limités pour constituer les dossiers (certificats de naissance, reconnaissance de paternité, etc.). Et les délais s’allongent pendant que les mineurs survivent dans la « jungle ».

Cette inertie des pouvoirs publics commence à être épinglée par la justice. Comme l’a révélé hier Libération, le tribunal administratif de Lille a condamné l’État, le 20 septembre, à verser 5 500 euros d’amende pour avoir pris trop de temps dans le traitement d’une demande d’asile vers l’Angleterre d’un adolescent kurde irakien âgé de 16 ans. Ce mineur isolé, installé sur le camp de Grande-Synthe (Nord), souhaitait rejoindre son oncle de l’autre côté de la Manche. Début août, il avait ainsi déposé une demande d’asile. Mais la préfecture du Nord n’avait pas désigné d’administrateur ad hoc pour représenter le jeune légalement, ce qui l’empêchait de déposer la demande d’asile proprement dite. Suite à ce refus, l’ado aurait décidé de passer à tout prix en Angleterre par ses propres moyens, « dans les conditions de précarité, d’insalubrité et d’insécurité connues de tous », s’indigne le jugement.

La réaction de ce mineur n’étonne pas François Guennoc, membre de l’Auberge des migrants, à Calais. « Beaucoup d’entre eux prennent des risques inconsidérés pour se rendre en Angleterre par leurs propres moyens du fait de la longueur des procédures administratives, ajoute le militant associatif. Certaines filles ont recours à la prostitution pour payer leur passage. D’autres se retrouvent impliqués dans des trafics de stupéfiants. » Et une fois la somme nécessaire réunie, c’est au risque de leur vie que ces enfants tentent de rejoindre leur famille. Le 16 septembre, un Afghan de 14 ans est mort percuté par un véhicule, après être tombé du camion qui le transportait. Deux autres mineurs ont péri dans des circonstances similaires au cours des derniers mois.

Le drame des mineurs isolés ne concerne pas que Calais. À la frontière franco-italienne, dimanche, dix-sept mineurs sans famille, âgés de 13 à 15 ans, ont tenté de gagner la France, depuis Vintimille, par des routes de montagne. La gendarmerie les a interpellés près de la commune de Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes). Un conseiller municipal, des militants d’Amnesty International et de l’association Roya citoyenne sont intervenus pour qu’ils soient pris en charge, comme le prévoit la loi à partir du moment où ils sont présents sur le territoire national. Mais les jeunes gens ont finalement tous été illégalement reconduits en Italie… « Nous sommes retournés les chercher pour les héberger chez nous », raconte Françoise Cotta, une avocate membre de Roya citoyenne. Qui a décidé de saisir le défenseur des droits et de porter plainte contre l’État. Pour lui rappeler ses obligations en la matière.

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Tag(s) : #Immigration, #Exilés, #Calais, #Mineurs isolés étrangers, #Frontière italienne

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