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La solidarité avec la Palestine mise au banc des accusés

La récente condamnation, par la Cour de cassation, de douze acteurs de la solidarité internationale a provoqué ce week-end de nombreuses réactions d’indignation.

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Dans les années soixante, l’African National Congress (ANC) avait lancé un appel aux pays occidentaux, partenaires économiques et financiers de l’Apartheid, à rompre leurs relations avec le régime. Elle avait été suivie d’une longue campagne de boycott relayée dans le monde entier par les acteurs de la solidarité internationale. Ce type d’action pacifique pour exprimer son désaccord avec un gouvernement étranger est désormais passible de condamnation judiciaire en France.

Douze militants de la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) en ont fait les frais, le 20 octobre dernier, pour avoir mené, en 2009 et 2010, des actions dans des supermarchés du Haut-Rhin appelant au boycott de produits israéliens, pour beaucoup importés des territoires occupés. Alors qu’ils avaient été relaxés en première instance par le tribunal correctionnel de Mulhouse, en décembre 2011, la Cour de cassation les a condamnés à des amendes de 1 000 euros avec sursis en confirmant la décision de la cour d’appel de Colmar du 27 novembre 2013. « Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : le boycott des produits israéliens est illégal ! » s’est réjoui l’avocat Pascal Markowicz sur le site du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

En avril 2002, c’est Ronnie Kasrils, figure de la lutte contre l’Apartheid et membre du Parti communiste d’Afrique du Sud, qui se prononçait pour des mesures de boycott à l’encontre de l’État d’Israël, comparant sa politique au régime qu’il avait combattu dans son propre pays. C’est dans sa lignée que comptent s’inscrire les militants de la campagne BDS. Pour le Parti communiste français, qui soutient les « douze militants et notamment les deux camarades du PCF incriminés (...), ce sont les circulaires Alliot-Marie/Mercier qui ont permis leur condamnation ». Le 12 février 2010, pressée par un contexte international marqué par la révélation des douteuses relations entre le gouvernement français et les régimes de Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi, Michèle Alliot-Marie, alors garde des Sceaux, avait inventé « l’incitation à la haine nationale ». Elle avait alors appelé à une répression « ferme et cohérente » de ceux qui prônent le boycott d’un État. Principe qu’elle assimilait à une forme de discrimination décrite comme « provocation publique à la haine envers une nation ».

« Dénoncer l’impunité des autorités israéliennes, qui tiennent le peuple palestinien sous leur domination, n’est en rien une manifestation d’antisémitisme », a tenu à préciser samedi la Ligue des droits de l’homme. Après s’être indignée, vendredi, de la condamnation des douze militants, la LDH réagissait alors à une interdiction de manifester émise par le préfet de l’Hérault à l’encontre du BDS 34, qui avait prévu de se rassembler ce week-end. « Cette décision constitue une atteinte d’une exceptionnelle gravité à la liberté d’expression et de rassemblement, poursuit la LDH. Les pouvoirs publics semblent vouloir interdire toute manifestation se réclamant d’une volonté de boycott et de sanction contre l’État d’Israël.»

Face aux exactions quotidiennes de l’armée d’occupation en Cisjordanie ces dernières semaines, le mouvement de solidarité risque pourtant bien de s’intensifier.

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Tag(s) : #Société et solidarité, #Palestine
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