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Le gouvernement s’apprête à valider l’accord contesté par les intermittents et les intérimaires qui maintiennent la pression. Les trois médiateurs nommés par Manuel Valls ont une marge de manœuvre étroite.

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Les propos de Manuel Valls n’ont pas eu l’effet d’apaisement désiré, les artistes et techniciens du spectacle ne digérant toujours pas que, d’un côté, « on nous fasse une déclaration d’amour » et, de l’autre, « on s’apprête à agréer cet accord désastreux », pouvait-on entendre lors d’une assemblée à la Villette. Ces jours derniers, tout le monde avait les yeux rivés sur Montpellier Danse, qui avait donné le « la » de la saison estivale en annulant le festival immédiatement après la ratification de l’assurance chômage le 26 juin 2003. Depuis dimanche dernier, après une annulation, puis une autre deux soirs de suite, à Montpellier Danse, la situation, complexe, tendue, s’est terminée en réconciliation entre équipes technique et artistique.

Une course contre la signature à l’agrément est engagée. Voyant que la détermination des intermittents non seulement ne fléchit pas mais se poursuit, Matignon s’est empressé de remettre dès mardi sa lettre de mission à Hortense Archambault, Jean-Patrick Gille et Jean-Denis Combrexelle, dans laquelle le premier ministre leur donne « quinze jours » pour fixer la méthode de concertation. C’est ainsi que les trois missionnés vont être amenés à rencontrer l’ensemble des partenaires sociaux, signataires et non-signataires, mais aussi les organisations qui ne siègent pas à l’Unedic (comité de suivi, coordination). À la réception de cette missive, la CGT spectacle constate que les termes employés ont sensiblement évolué depuis les propos tenus par Manuel Valls et que « le gouvernement exclut l’option de la création d’une “caisse autonome” pour les intermittents du spectacle ». Si la CGT spectacle refuse la politique de la chaise vide, elle reste ferme sur le non-agrément de la convention et appelle tous les techniciens et artistes à mettre « sous vigilance les travaux de la mission, (…) à trouver les formes de la lutte, dont la grève » et réaffirme son « entière solidarité avec la lutte pour un régime interprofessionnel d’assurance chômage digne de ce nom pour tous les demandeurs d’emploi, préfigurant l’instauration d’une véritable sécurité sociale professionnelle ».

La CGT spectacle constate une évolution dans le discours de Valls

Si les annexes 8 et 10 concentrent toutes les attentions, c’est l’accord « dans sa globalité qui est mauvais », rappelait-on hier au Sénat où, à l’initiative de Pierre Laurent (PCF), des membres du comité de suivi se sont retrouvés. Pour Fabien André, du Syndéac, tout en saluant « la restauration de la place de la culture par le premier ministre comme ça n’était plus depuis longtemps », déplore que « ce qui se passe actuellement démontre l’échec de la démocratie sociale ». Samuel Churin, pour la Coordination, estime que « le piège de la division existe, le piège de la chaise vide aussi mais pas question d’être des béni-oui-oui ». Barbara Boulay, metteur en scène, juge que « l’agrément sera un échec de la démocratie » et Philippe Tixier, de l’Union syndicale de l’intérim CGT, a fait les calculs : « Pour les intérimaires, le nouvel agrément signifie quinze chariots de course en moins. L’avenir, déjà incertain de ceux qui travaillent en CDD, sera encore plus difficile. » Pierre Laurent considère que c’est à l’ensemble des élus, « tous ceux que vous avez sollicités et se sont positionnés avant le discours du premier ministre contre l’agrément, de s’en mêler. Continuez de les interpeller, de leur rappeler quel est mandat de la parole politique ».

Hier, la nouvelle maire socialiste d’Avignon, Cécile Helle, s’est fendue dans la presse régionale d’un communiqué dans lequel elle « lance un appel à l’apaisement et à la raison ». « Je suis une élue locale en résistance », écrit-elle, toujours solidaire des intermittents mais « des avancées concrètes et tangibles ont été annoncées par le premier ministre (…). Pour les artistes, les techniciens, pour les publics du Festival mais aussi pour les commerçants et professionnels de l’hôtellerie-restauration, pour Avignon et les Avignonnais, il est vital que, comme chaque mois de juillet, notre ville entre en festival ». « Tout le monde, Olivier Py et Cécile Helle y compris, s’était positionné contre l’agrément, a réagi Fabienne Haloui, responsable communiste du Vaucluse. « Aujourd’hui c’est pour ou contre les annulations. Si on voulait sauver les festivals, il fallait annuler l’accord », ajoute-t-elle.Ailleurs, au Mans, le maire (PS) évalue « avec les compagnies concernées la possibilité d’un report fin août ou début septembre » du festival du cirque, qui devait débuter le 26 juin après avoir, dans un premier temps, décidé de l’annuler. La CGT spectacle a réagi vivement, dénonçant une manœuvre pour « faire payer aux artistes et techniciens du spectacle l’abandon d’engagements locaux pour l’emploi et la culture (…) et une remise en cause du droit de grève » par anticipation, pourrions-nous dire. La soirée d’ouverture du festival Orléans Jazz a été annulée, à l’issue d’un vote des équipes du festival. À Toulouse, à Rennes, à Clermont-Ferrand, la mobilisation se poursuit. Les intermittents, saisonniers et précaires des Rencontres d’Arles estiment que « si le texte du 22 mars est entériné par le gouvernement, le personnel concerné se mettra en grève reconductible à partir du 7 juillet ».

(Rédigé avec Marie-José Sirach)

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Tag(s) : #Intermittents, #Politiques culturelles
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