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Au Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence, les intermittents ont participé en masse, lundi, à la journée de grève nationale. La perspective de l’annulation est dans tous les esprits.

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Lundi, les employés du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence votaient la grève à l’unanimité. Une centaine d’entre eux manifestaient, l’après-midi, à Marseille, à l’appel du mouvement unitaire contre la ratification des accords Unedic du 22 mars. Mardi, à 14 heures, le climat est à l’orage. Sous un ciel gris opaque, ils sont une centaine, réunis au palais archiépiscopal d’Aix pour envisager la suite à donner au mouvement. Le festival commence le 2 juillet mais a été précédé d’un prélude, Aix en juin. La manifestation, créée en 1948, présente un budget de 23 millions d’euros dont un quart provient de l’argent public. Cette année,668 personnes y sont embauchées sous le régime de l’intermittence. Soit plus de 70 % du personnel. Samedi dernier, 600 personnes manifestaient dans les rues de la ville pour sensibiliser la population. Le tract distribué à cette occasion et qu’on retrouve aujourd’hui dans toutes les brochures annonce que le festival génère « quelque 65 millions d’euros de retombées économiques » mais qu’il « est en danger (…) parce que (son) modèle économique et social est très directement lié au régime des intermittents du spectacle ».

Lors de la marche du 14 juin, intermittents et permanents ont défilé ensemble. Bernard Foccroulle, directeur du festival, vient de prendre position pour une renégociation de l’accord Unedic. Pour autant, plusieurs témoins indiquent qu’ici, on a peur des listes noires. Certains vont jusqu’à cacher leur engagement syndical pour éviter les pressions. La rumeur veut que plusieurs personnes, très impliquées dans le mouvement en 2003, n’aient pas été embauchées les années suivantes. Un protocole d’accords pour les intermittents techniques, signé en 2000, prévoit, pourtant, une priorité à l’embauche relative à l’ancienneté.

Dans ce contexte – et malgré le soutien affiché par la direction – le mouvement contre les accords du 22 mars s’organise sous haute tension. « Pour l’instant, on a constitué des commissions. Certains s’occupent de la communication, d’autres des questions juridiques liées, par exemple, au droit de grève », explique un des employés intermittents, dans un bar éloigné des points névralgiques du festival.

Dans la soirée, au Théâtre du Jeu de paume, le Quatuor Béla présente son concert intitulé la Musique sans marteau. Cent personnes sont venues les entendre. Avant de commencer, deux employés sur scène prennent la parole et expliquent leur engagement contre l’agrément. La salle est plongée dans le noir et on entend, pendant cinq minutes, la voix d’Edwy Plenel enregistrée le 10 juin sur les ondes de Radio France : « Ces saltimbanques ne sont pas des profiteurs. Ces intermittents, ce sont des radicaux pragmatiques, qui inventent (…) au cœur des enjeux (…) du travail de demain. »

Le concert débute alors sur une composition de Raphaël Cendo écrite en 2007, In vivo. Les violonistes retracent ensuite un siècle de créations musicales mettant en avant ces compositeurs du XXe siècle, d’Anton Webern à John Cage, qui, d’après les quatre artistes, « ont cherché à changer le monde par la musique. Transformer la musique pour changer le monde ». Et de conclure : « Nous nous joignons au personnel du festival » qui demande le rejet de l’accord passé entre le Medef et des syndicats non-représentatifs et exige du gouvernement le retour à la table des négociations. Alors, que la nuit tombe sur Aix-en-Provence, les orages d’été continuent de gronder.

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Tag(s) : #Intermittents, #Reportage, #Politiques culturelles
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